La
génération de la rupture
globalisée
Déferlante Tokio Hotel ce samedi soir en l'Arena de
Genève. Quatre jeunes Allemands d'à peine 20ans
emmenés par Bill et Tom Kaulitz, respectivement chanteur et
guitariste du nouveau groupe-culte globalisé des 10-16 ans.
Ces deux frères jumeaux sont nés le 1erseptembre 1989
à Leipzig. Quelque deux mois avant la chute du mur de
Berlin, au cœur d'une ville meurtrie, zone d'occupation
soviétique après-guerre, puis deuxième
cité de la RDA.
La rupture historique est énorme, bercée à ce
moment-là des balbutiements de la première
génération de l'Allemagne réunifiée.
Pour les enfants des années 1990, il n'est alors pas
évident de suivre des parents pliant encore sous le poids de
la culpabilité et dépossédés de leur
vision bipolaire du monde sorti de la Guerre froide.
Les conditions de vie sont et demeurent difficiles pour tous les
ex-Allemands de l'Est, dont la génération montante
cherche à s'intégrer au monde capitaliste où
se construit leur avenir. En abandonnant les idéologies coup
de poing qui ont fait le succès d'une Nina Hagen, par
exemple. Dont on oublie vite qu'elle avait prouvé, bien
avant Tokio Hotel, que la langue allemande seyait aux musiques
pop.
Du coup, dans un monde enfin libéré dont ils n'ont
pas ou peu connu les chaînes - un repère hélas
clair -, les quatre garçons dans le vent métissent,
en l'édulcorant, tout ce qui leur tombe sous la main: modes,
vêtements, look, musiques et rites adolescents. Ils ne
chantent plus un monde injuste, ils chantent un monde complexe,
aussi fragile que leurs compositions musicales, faites pour plaire
d'Anchorage à... Tokyo. Avec leur cortège de familles
recomposées, de douleurs issues d'un fossé
générationnel affleurant dans des textes stomacaux,
où la perte d'ancrages se superpose au traditionnel malaise
prépubère.
Rien d'étonnant, dès lors, que les thèmes
malaxés par ce rouleau compresseur soient plutôt
déceptifs: on y mélange allègrement mais avec
foi le divorce, la vie après la mort, la déception
amoureuse, la solitude, le suicide, l'ennui.
Depuis les Beatles, face à un public qui se reconnaît
dans les failles de croissance à gérer par un
être humain, l'attitude hystérique de certains fans
n'est pas nouvelle. Cela s'appelle de la solidarité de
destin, un produit qui, commercialement, s'exploite. Ad nauseam,
par un marketing aussi agressif qu'efficace.
Source : http://www.letemps.ch
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